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Bobby
Prince,
quel beau métier !
Propos
recueillis par Laurent Havette
En
participant à la bande son de jeux illustres tels que Doom,
Duke Nukem, Wolfstein 3D, Bobby Prince a fait de la composition
de midifiles, son métier. Un parcours de musicien autodidacte
et « informatisé » qui lemmènera prochainement
vers la sonorisation de sites web
Quel
genre dinstruments et de logiciels utilises-tu pour
la composition musicale ?
Généralement, jutilise un clavier pour composer
mes séquences. Afin de générer des modulations ou autres
événements MIDI, jutilise également un périphérique
externe appelé « Dimension Beam » . Cet
appareil émet des rayons infrarouges et enregistre les
variations dintensité suivant la position de la
main, puis il les convertit en code. Je me sert parfois
de ma guitare MIDI mais il reste du chemin à faire pour
restituer toutes les nuances et le jeu dune vraie
guitare ! Enfin, quelques unes de mes séquences batterie
sont faites à partir de pads. En ce qui concerne les logiciels,
je compose sur Cakewalk Pro Audio. Jai commencé
avec la toute première version et je suis resté fidèle
à ce programme. Japprécie tout particulièrement
le langage CAL qui me permet de créer mes propres routines
MIDI (effets tels que lécho ou la compression).
Quel
est ta formation musicale ?
Jai
appris la musique uniquement en jouant dans lorchestre
de l université. Je suis autodidacte pour tout
le reste : clavier, guitare, batterie et instruments
à vent. Jai dailleurs joué un peu de trombone
mais je nai jamais été plus loin dans les cuivres !
Jai également étudié les différentes techniques musicales
pour reproduire le jeu des différents instruments en MIDI.
En résumé, jai toujours adoré le son et la musique.
Je cultive chaque jour mon acuité musicale, ce qui me permet
de composer des séquences de plus en plus réalistes.
Quelle
fut ta première composition ?
Ma première
uvre musicale fut « Red Rubber Ball ». Je
lai composée sur un Emu Emax et enregistrée sur un
4 pistes. Par la suite, jai programmé les séquences
et enregistré les pistes voix de la plupart des chansons
écrites par Carlos Antanio Jobim. A la même époque, jai
également réalisé de nombreuses versions instrumentales
pour mon frère, chanteur professionnel (NDLA : il faut
enlever à ce statut toute sa connotation bien française
de «chanteur de bal du samedi soir »). Tout cela
sest passé bien avant que je commence à créer mes
propres uvres. Je suis passé par toutes les frustrations
quune personne connaît lorsquelle se met à composer
sur un ordinateur ! Ma première séquence fut un hommage
à Jobim
on est loin du jeu vidéo !
Y-a-t-il
une façon de composer pour les jeux ou les cdrom ?
Non
pas spécialement. Jadapte mes « méthodes »
en fonction des demandes et des situations. Si les développeurs
savent me parler de leur produit, je nai habituellement
pas de problème pour composer. Les premiers jeux sur lesquels
jai travaillé étaient développés sans réel planning.
Je nen connaissais quune description générale
et avais quelques détails sur les personnages. Pour Duke
Nukem, javais pu tester à domicile mes compositions
durant la phase de développement. Ceci grâce à lexcellent
code fourni par Jim Dose (à présent avec Ritual). Je regrette
de ne pouvoir tester mes compositions et bruitages sur un
jeu 100% opérationnel. Bien entendu, il faut avoir un esprit
critique afin de retenir le meilleur projet et le présenter
aux développeurs.
Penses-tu
que les sites web vont être sonorisés comme à la télé ou
au cinéma ?
Oui,
et ce sera dans un avenir proche ! Un grand pas a été
fait dans cette direction avec le moteur de « musique
interactive » de Microsoft, inclue dans DirectX 6.
Les compositions musicales pourront varier en fonction de
la navigation au sein dun site web. Puisque DirectX
6 comprend un module de synthèse sonore, tout le monde aura
les mêmes sonorités. Il ny aura plus de cartes sons
à technologie FM. Les futures versions de « musique
interactive » pourront intégrer des échantillons de
sons, et les compositeurs auront tout le loisir de fournir
leurs propres « samples » avec leurs séquences,
un peu comme les fichiers «mod ».
Utilises-tu un équipement GM pour composer ?
De temps en temps, je dois me satisfaire du General
Midi. Quand cest le cas, jutilise le Roland
Sound Canvas ou un synthé Yamaha à la norme XG. Le Sound
Canvas est un standard pour les compositeurs spécialisés
dans le multimédia et comprend une grande palette dinstruments.
Dautre part, Microsoft utilise les échantillons de
Roland dans le module de synthèse sonore du DirectX 6.
Dans
ce cas, cela limite t-il ta créativité ?
Au delà
de la créativité, le standard General MIDI impose ses propres
restrictions. Cest comme un infographiste à qui on
donnerait une palette limitée de couleurs. Mais les choses
qui sont considérées comme des limitations pour certains
peuvent devenir des défis pour dautres ! Je fait
partie de cette dernière catégorie de personnes. Je tente
de franchir les limites du GM pour faire ce que je veux.
Par exemple, faire jouer un instrument au délà de son registre :
le son « gunfire » fait un excellent pas de marche
militaire lorsquil est joué dans les graves avec une
très courte durée.
Comment
procèdes-tu pour que 100% des ordinateurs puissent exécuter
tes musiques ?
Cela
a toujours été la chose la plus difficile à faire !
Dans les premiers temps, il fallait écrire la même musique
sur différentes cartes sons. Le General Midi a largement
contribué à uniformiser la lecture des séquences musicales
par lintermédiaire dune palette dinstruments
prédéfini. Mais ce standard ne nintègre pas le facteur
« qualitatif » et cest son défaut majeur.
Sur une carte, vous aurez un son de violon avec une attaque
rapide, sur une autre, la même affectation aura pour résultat
un autre violon avec une attaque dune demi seconde
plus longue !
La composition pour les jeux et les cdrom a t-elle fait
naître une nouvelle profession ?
Oui
et non . Nimporte quel compositeur pourra réaliser
la bande son audio dun jeu vidéo. Cela signifie que
la musique sera joué de façon linéaire et « statique ».
Ceci ne sapplique pas à la composition de midifiles,
pour laquelle vous devrez avoir des connaissances extra-musicales.
Les logiciels dédiés demandent dailleurs des techniques
et des pratiques plus informatiques que musicales. De plus,
si vous y ajoutez des compétences de « bruiteur »,
vous avez une toute autre profession que le « simple »
compositeur. Jai inventé un mot pour qualifier ces
personnes : je les appelle des « audiators ».
Vous ne trouverez pas cette profession dans le milieu du
cinéma ou de la télévision, capable de composer et de faire
les bruitages.
As-tu
des conseils à donner pour ceux qui souhaiteraient se lancer
dans laventure « daudiator »
Apprendre et apprécier tout type de musique. Essayer de
composer au delà des conventions et des habitudes. Mais
par dessus tout, composez le maximum de musiques que vous
pouvez afin de constituer votre catalogue de compositions
(des bonnes et des moins bonnes !). Vous pourrez toujours
revenir à cette base pour faire évoluer quelques titres
ou y trouver de linspiration. Tout ce que vous ferez
dans ce domaine améliorera votre connaissance de la musique
et de la technique (matériel et logiciels).
Joues-tu
aux jeux vidéo ?
Oui ! Jessaye de jouer à un jeu au moins
un fois par an dans chaque catégorie. Je participe également
aux versions bêtas des jeux pour lesquels je compose. Japprécie
les jeux où les participants peuvent coopérer. La coopération
entre individus est plus difficile quun « chacun
pour soi », mais beaucoup plus enrichissante.
Est-ce que ton ordinateur est la seule source dinspiration
pour la création ?
Lordinateur
est loutil idéal pour convertir mes idées en produits
finis. Cest bien davoir tout un orchestre sous
la main quand on en a besoin ! Les musiques que je
compose viennent de mon imagination. Le but du jeu est de
convertir ma pensée en séquences MIDI avant quune
autre mélodie vienne remplacer la précédente ! Jutilise
pour cela un Dictaphone. Quand jai le temps, jenregistre
les bases de la séquence sur mon ordinateur.
Crois-tu
que la musique intervient dans le succès dun dun
jeu ?
Jaimerai
croire que la musique soit un élément essentiel dans le
succès dun jeu. Bien sur, la musique nest quun
élément et le mérite dun produit revient à son ensemble.
Si vous séparez les différents éléments qui composent un
jeu, chacun dentre-deux semblerait être de sacrés
bugs ! Par contre il est incontestable que lillustration
sonore (musique et effets) contibue toujours au succès dun
jeu.
Quelles
sont les contraintes techniques imposées par les développeurs ?
La plus grand contrainte technique est la « boucle
sans fin ». Que ce soit une séquence MIDI ou un fichier
audio, boucler la même séquence indéfiniment devient vite
lassant pour le joueur. Cest pourquoi je suis impatient
de minvestir dans les potentialités de la musique
interactive. Imaginez une composition de 4 minutes jouée
en boucle pendant 1 heure, sans jamais avoir limpression
davoir entendu la même séquence ! Linstrumentation
change, la signature change, le tempo, les arrangements,
le style etc
http://www.bpmusic.com/
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